Le prix est le levier le plus puissant d'un opérateur de recharge. Trop bas, chaque session perd de l'argent une fois l'énergie, l'acheminement et les frais de paiement comptés. Trop haut, les conducteurs vont ailleurs, l'utilisation chute et l'investissement n'est jamais amorti. Le bon prix se situe entre les deux, et il évolue dans le temps.

Ce guide détaille la construction d'un tarif de recharge étape par étape, du plancher de coûts au plafond du marché, et présente les structures tarifaires adaptées à l'AC et au DC.

À retenir
  • Partez de votre coût réel par kWh : énergie, acheminement, frais de paiement et d'itinérance, et une part des coûts fixes.
  • Le marché, c'est-à-dire les concurrents proches et les alternatives du conducteur, fixe le plafond.
  • Facturez principalement au kWh et utilisez des frais d'occupation au temps pour libérer les bornes.
  • Révisez vos prix au moins chaque trimestre et à chaque variation du coût de l'énergie.

Étape 1 : calculer le plancher de coûts

Le plancher est le prix en dessous duquel chaque kWh fait perdre de l'argent. Il comprend trois couches :

CoucheContenuExpression
Coût variable de l'énergiePrix de l'énergie, TURPE, taxes, pertes de la borne€ par kWh
Coûts de transactionPaiement par carte, passerelle, plateforme d'itinérance, commissions des opérateurs de mobilité% du chiffre d'affaires ou € par session
Couverture des coûts fixesComposante puissance, logiciel, connectivité, maintenance, loyer, remboursement du capitalTotal annuel ÷ kWh annuels prévus

Les pertes de la borne sont souvent oubliées. Les bornes DC en particulier perdent quelques pour cent d'énergie en chaleur lors de la conversion : vous achetez plus de kWh que vous n'en vendez. La couche des coûts fixes dépend aussi fortement de l'utilisation : à faible volume, chaque kWh doit porter une grande part de ces coûts. Notre article sur la rentabilité d'une borne de recharge illustre cet effet.

Étape 2 : vérifier le plafond du marché

Les conducteurs comparent. Avant de publier un prix, examinez :

  • Les prix des bornes publiques de puissance comparable dans un rayon de quelques kilomètres.
  • L'alternative du conducteur : recharge à domicile, au travail ou sur une borne rapide de son trajet.
  • Les prix en itinérance affichés dans les applications qu'il utilise déjà.
  • La valeur de la vitesse : une borne de 150 kW fait gagner du temps, que le conducteur est prêt à payer.

Si votre plancher dépasse le plafond du marché, le prix seul ne sauvera pas le site. Revoyez l'emplacement, la puissance ou la structure de coûts.

Étape 3 : choisir la structure tarifaire

StructureAtoutsLimitesUsage idéal
Au kWhÉquitable, transparent, aligné sur le coût de l'énergieNe décourage pas les longs stationnementsLa plupart des recharges AC et DC
À la minuteFavorise les sessions courtesPénalise les véhicules qui chargent lentementRarement comme seule composante
Frais de sessionCouvre les coûts fixes de transactionInjuste pour les petits appointsPetit complément au prix au kWh
Frais d'occupationLibère la borne après la rechargeDoit être clairement annoncéSites fréquentés, surtout en DC
AbonnementFidélisation, revenus prévisiblesNécessite une application et des comptesUtilisateurs réguliers, flottes

Dans l'UE, le règlement AFIR impose que le prix ad hoc des bornes de 50 kW et plus repose sur un prix au kWh, avec des frais au temps facultatifs pour décourager l'occupation. Le prix doit être affiché avant le début de la session. Même hors UE, le kWh reste la base la plus claire pour le conducteur.

Étape 4 : différencier quand c'est pertinent

Selon la puissance

La recharge rapide coûte plus cher à construire et vaut davantage pour le conducteur. La plupart des réseaux facturent le DC plus cher que l'AC, et la haute puissance plus cher que le 50 kW.

Selon l'heure

Les tarifs horaires répercutent l'énergie moins chère en heures creuses et déplacent la demande hors des pointes qui alourdissent la composante puissance. Ils fonctionnent mieux quand le conducteur voit clairement le calendrier à l'avance.

Selon le client

Les flottes avec volumes garantis, les résidents d'un immeuble ou les salariés peuvent bénéficier de prix contractuels. Gardez un écart justifiable avec le prix ad hoc, surtout là où s'appliquent des règles de non-discrimination.

Selon l'emplacement

Les emplacements premium, sur autoroute ou en centre-ville, supportent des prix plus élevés qu'un parking périurbain. Traitez chaque site comme un marché à part.

Étape 5 : introduire les frais d'occupation avec soin

Un véhicule qui reste branché après la recharge bloque le revenu de tous les autres. Des frais d'occupation, généralement à la minute après un délai de grâce, règlent le problème. Annoncez-les sur la borne, dans l'application et au début de la session. Notre guide des frais d'occupation des bornes explique comment fixer délai et montant.

Étape 6 : appliquer et suivre

Un tarif n'a de valeur que si vos systèmes l'appliquent correctement. Votre système de supervision doit :

  • Modéliser des tarifs avec des composantes séparées : énergie, temps, session, occupation.
  • Appliquer des tarifs différents selon le site, le point de charge, l'heure et le groupe de clients.
  • Afficher le même prix sur la borne, la page de paiement, l'application et les flux d'itinérance.
  • Enregistrer le tarif appliqué à chaque session pour que reçus et factures concordent.
  • Suivre chiffre d'affaires, kWh et prix moyen par site pour mesurer l'effet des changements.

Erreurs de tarification fréquentes

  1. Oublier les coûts de transaction : les petites sessions payées par carte peuvent être déficitaires si le frais fixe est élevé.
  2. Copier aveuglément la concurrence : ses coûts, contrats et taux d'utilisation diffèrent des vôtres.
  3. Ne jamais réviser les prix : le prix de l'énergie bouge, votre tarif doit suivre.
  4. Des frais cachés : les surprises sur le relevé bancaire détruisent la confiance et peuvent enfreindre le droit de la consommation.
  5. Des tarifs trop complexes : si un conducteur ne peut pas estimer le coût d'une recharge en dix secondes, le tarif est trop compliqué.

Questions fréquentes

Faut-il facturer au kWh ou à la minute ?

Le kWh est la base la plus juste et la plus transparente, et il est obligatoire pour la recharge ad hoc à partir de 50 kW dans l'UE. Les composantes à la minute fonctionnent surtout comme frais d'occupation après la fin de la recharge.

À quelle fréquence modifier ses prix ?

Révisez vos prix au moins chaque trimestre et à chaque changement de votre contrat d'énergie. Annoncez les évolutions à l'avance pour garder la confiance des clients réguliers.

Peut-on appliquer des prix différents selon les clients ?

Oui, par exemple des prix contractuels pour les flottes ou les abonnés, à condition que les écarts soient justifiés, transparents et conformes aux règles locales de non-discrimination.

La recharge gratuite est-elle une bonne idée ?

Elle peut attirer des clients vers un commerce ou un hôtel, mais elle entraîne souvent des bornes bloquées. Un prix modique ou une limite de durée fonctionne généralement mieux qu'un prix nul.

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